Résistances aux herbicides : comment limiter leur progression ?

Tracteur qui pulvérise des produits herbicides sur cultures

Les résistances aux herbicides continuent de progresser. Pourtant elles ne sont pas une fatalité. Le phénomène peut être ralenti, à condition de mettre en place les bonnes pratiques, qui combinent l’agronomie et la chimie.

« On ne crée pas les résistances. On les révèle ! » Jean-François Barot, coordinateur technique chez Soufflet Agriculture, n’hésite pas à lancer l’affirmation dès qu’il échange avec des agriculteurs. « Une fois cette réalité intégrée, il est possible de mieux appréhender la gestion du désherbage au sein de la rotation, explique-t-il. Car, oui, les résistances existent à l’état naturel ! Nous estimons que dans une population de deux à trois millions d’adventices, soit celle courante d’une parcelle d’un hectare, au moins une est déjà résistante à la molécule chimique qui sera appliquée… alors même qu’il s’agit d’une nouvelle molécule utilisée pour la première fois. » 

Pour preuve, des plantes d’un herbier datant de 1889 ont été confrontées aux herbicides mis au point ces dernières décennies. Un coquelicot a ainsi révélé une résistance au metsulfuron… mis sur le marché 100 ans plus tard ! Ce sont les traitements herbicides successifs qui mettent en lumière la résistance et la multiplient au fil des campagnes. « Nous comprenons ainsi pourquoi la solution chimique ne doit plus être considérée comme la seule option pour maîtriser les mauvaises herbes dans une parcelle », complète-t-il.

Activer différents leviers pour diminuer les résistances

Bien évidemment, les interventions herbicides restent des leviers efficaces. À condition d’adopter les bonnes pratiques d’utilisation. Premier impératif : diversifier les familles chimiques des herbicides utilisés pour varier les modes d’action et, ainsi, limiter la pression de sélection. « Car il existe deux mécanismes de résistance aux herbicides, précise Jean-François Barot. Soit la plante devient résistante après mutation de la cible, l’herbicide ne peut donc plus agir sur celle-ci. Il en sera de même pour toutes les spécialités présentant le même mode d’action. Deuxième cas de figure, l’herbicide est métabolisé par la plante et ne réussit plus à jouer pleinement son rôle. Dans ce cas, son inefficacité peut n’être que partielle. »

Des essais ont montré qu’il était possible de passer d’une densité de ray-grass de 450 pieds/m2 à seulement 15 pieds/m2 en seulement cinq ans. Comment ? En allongeant les rotations et en adaptant les pratiques culturales. Et Jean-François Barot de lister les leviers qui ont fait leur preuve : mise en place d’un faux semis, alterner cultures d’hiver et de printemps pour perturber le cycle des adventices, implanter des couverts végétaux, décaler la date de semis, alterner labour et désherbage mécanique... sans oublier une diversification des matières actives utilisées au sein de la rotation pour limiter la pression de sélection. » La combinaison de ces différentes pratiques optimise le résultat.

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