Maladies de l'épi du blé : symptômes, risques et stratégies de lutte

La fusariose est la maladie de l'épi de blé la plus dommageable. Elle peut causer des pertes supérieures à 20 q/ha. Surveillez vos parcelles dès l'épiaison.

Quelles sont les principales maladies de l'épi du blé ?

Quatre maladies fongiques affectent principalement l'épi du blé : fusariose, carie, charbon nu et septoriose. La fusariose reste la plus fréquente et la plus nuisible en France.

Fusariose de l'épi

La fusariose est causée par un complexe d'espèces des genres Fusarium et Microdochium. Fusarium graminearum est l'espèce la plus problématique. Elle produit des mycotoxines dans les grains, notamment le déoxynivalénol (DON).

Symptômes caractéristiques :

  • Échaudage d'épillets par groupe, parfois jusqu'à l'épi entier

  • Coloration rose-orangé sur les glumes

  • Brunissement du col de l'épi

  • Grains déformés, fripés, de couleur rosée à lie-de-vin

Les symptômes apparaissent après la floraison. Un temps humide pendant 48h à l'épiaison favorise l'infection.

Pour approfondir les enjeux sanitaires liés aux toxines, consultez notre article sur les mycotoxines du blé.

Carie commune du blé

La carie est causée par le champignon Tilletia tritici. Elle se transmet par les semences contaminées.

Symptômes caractéristiques :

  • Grains transformés en masse de spores noires

  • Odeur de poisson pourri caractéristique à la récolte

  • Épis légèrement plus courts et dressés

  • Glumes écartées laissant voir les grains noircis

La détection précoce est difficile. Les symptômes ne sont visibles qu'à maturité.

Charbon nu

Le charbon nu affecte surtout le blé et l'orge. L'agent responsable est Ustilago tritici.

Symptômes caractéristiques :

  • Épis entièrement remplacés par une masse de spores noires

  • Spores dispersées par le vent après épiaison

  • Seul le rachis nu persiste après libération des spores

  • Symptômes en foyers ou sur tiges isolées

Selon ARVALIS (2025), les pertes de rendement oscillent entre 1 et 10 %. Elles peuvent atteindre 50 % dans les cas sévères. Le charbon nu n'est pas toxique.

Septoriose de l'épi

La septoriose de l'épi est plus rare que la septoriose foliaire. Elle apparaît lors d'années très humides.

Symptômes caractéristiques :

  • Taches brunes sur les glumes

  • Présence de pycnides (points noirs) sur les lésions

  • Échaudage partiel des grains

Quel est l'impact économique des maladies de l'épi ?

Les pertes peuvent dépasser 20 q/ha pour la fusariose. La qualité technologique et sanitaire est également affectée.

La fusariose affecte la valeur boulangère du blé tendre. Le poids de mille grains (PMG) et le poids spécifique (PS) diminuent. Sur blé dur, une moucheture apparaît sur les grains.

La carie rend les lots impropres à la commercialisation. L'odeur caractéristique persiste même après le nettoyage.

Comment évaluer le risque fusariose sur votre parcelle ?

Trois facteurs principaux déterminent le niveau de risque : précédent cultural, travail du sol et sensibilité variétale.

Facteur

Risque faible

Risque élevé

Précédent

Colza, pois, betterave

Maïs grain, sorgho

Travail du sol

Labour, enfouissement

Non-labour, résidus en surface

Variété

Note ≥ 5

Note ≤ 3

Climat floraison

Sec

Humide > 48h

Conditions climatiques favorables

Fusarium graminearum se développe avec :

  • Une humidité relative proche de 100 % pendant 48h

  • Des températures entre 15 et 25°C

  • Une période pluvieuse persistante à la floraison

Un court épisode pluvieux après une période sèche ne suffit pas à l'infection.

>> Pour une protection complète de vos blés, découvrez aussi notre article sur l'engrais starter pour le blé.

Quels leviers agronomiques pour limiter les maladies ?

La rotation culturale et l'enfouissement des résidus sont les leviers les plus efficaces. Le choix variétal complète la stratégie.

Gestion des résidus

Les cannes de maïs et de sorgho sont les principales sources de contamination. Broyez finement les résidus après récolte. Enfouissez-les par un labour ou un travail profond.

Actions recommandées :

  • Broyer les résidus immédiatement après récolte

  • Labourer ou enfouir à 15-20 cm minimum

  • Éviter le semis direct de blé après maïs grain

Rotation culturale

Évitez les successions maïs-blé ou sorgho-blé. Intercalez une culture non-hôte : colza, pois, féverole ou betterave.

Le risque de dépassement des seuils de DON atteint 25 à 62 % en situation blé après maïs sans labour.

Choix variétal

La résistance variétale est un levier majeur. Les progrès génétiques ont amélioré la tolérance des blés tendres.

Variétés peu sensibles à la fusariose (2024) :

  • Apache (référence historique)

  • Campesino

  • Oregrain

  • SY Adoration

Les blés durs restent plus vulnérables. Quelques variétés récentes sont classées peu sensibles : RGT Encablur, Durofinus, Toscadou.

Quelle stratégie fongicide adopter contre la fusariose ?

Intervenez au stade début floraison (BBCH 61). Visez l'apparition des premières étamines. L'efficacité maximale ne dépasse pas 50 à 60 %.

Positionnement du traitement

Le timing est critique. À l'apparition des premiers symptômes, il est trop tard.

Conditions d'intervention :

  • Plus de 48h à 100 % d'humidité entre épiaison et floraison

  • Précédent à risque (maïs, sorgho)

  • Variété sensible (note < 5)

Matières actives efficaces

Le prothioconazole reste la molécule de référence. D'autres triazoles (tébuconazole, bromuconazole, metconazole) sont utilisables.

Matière active

Efficacité sur F. graminearum

Efficacité sur Microdochium

Prothioconazole

+++

++

Tébuconazole

++

+

Metconazole

++

+

Limites de la lutte chimique

Même bien positionné, le traitement ne dépasse pas 60 % d'efficacité. La lutte chimique ne peut pas compenser un risque agronomique élevé.

Contre Microdochium, les résistances aux triazoles limitent les solutions disponibles.

Comment lutter contre la carie et le charbon nu ?

Le traitement de semences est la seule solution efficace. Utilisez des semences certifiées traitées.

Traitement de semences contre la carie

La carie se transmet par les spores présentes sur les grains. Un traitement fongicide adapté élimine le risque.

Bonnes pratiques :

  • Utiliser des semences certifiées

  • Traiter les semences de ferme avec un produit homologué

  • Nettoyer le matériel de semis entre parcelles

Traitement de semences contre le charbon nu

Le charbon nu se transmet par le mycélium présent dans l'embryon du grain. Seul un traitement systémique est efficace.

Les semences certifiées sont contrôlées pour l'absence de charbon. Le risque est quasi nul avec des semences de qualité.

Pour protéger vos cultures contre les ravageurs de l'épi, consultez notre article sur la cécidomyie du blé.

Maladies de l'épi du blé

Quand traiter contre la fusariose de l'épi ?

Traitez au stade début floraison (BBCH 61), dès l'apparition des premières étamines. Intervenez si plus de 48h d'humidité sont prévues.

La fusariose est-elle visible dès l'épiaison ?

Non. Les symptômes n'apparaissent qu'après la floraison. À ce stade, il est trop tard pour intervenir.

Comment distinguer la fusariose du charbon nu ?

La fusariose provoque un échaudage rose-orangé partiel. Le charbon nu transforme l'épi entier en masse de spores noires.

Les blés durs sont-ils plus sensibles à la fusariose ?

Oui. Les variétés de blé dur sont globalement plus vulnérables que les blés tendres. Le seuil DON réglementaire est de 1500 µg/kg contre 1000 µg/kg pour le blé tendre.