Deux idées reçues sur l’Agriculture Biologique ?

Les idées reçues sur l’Agriculture Biologique (AB) sont nombreuses. Parmi les plus fréquentes, il y a :
Les parcelles conduites en Bio sont sales Le désherbage mécanique est une technique compliquée Derrière une idée reçue se cache toujours du vrai et du faux, qu’il convient de démêler.
Idée reçue n°1 : Les parcelles conduites en Bio sont sales
Souvent avancée par les détracteurs de l’AB, cette idée reçue ne peut se combattre que par une réponse argumentée. Il est fréquent de visiter des exploitations conduites de manière historique en Bio avec des parcelles propres. Parcelle d’escourgeons très propre conduite en AB depuis 20 ans, dans la Marne (51). Ainsi, deux vérités sont à la source de cette idée reçue :
La flore des parcelles Bio est composée d’espèces invasives à long terme (vivaces et folles avoines).
Les lots moyens collectés dans les silos en bio comportent plus d’impuretés qu’en agriculture conventionnelle.
Lors de la conversion Bio, la flore des parcelles va évoluer. Les espèces annuelles, nitrophiles, de début de cycle et qui se développent sous ou au travers des cultures, vont être remplacées par des plantes vivaces, de fin de cycle et qui dominent par leur taille les cultures (ce qui les rend très visibles sans rentrer dans les parcelles).
Maintenant, comme en agriculture conventionnelle, une parcelle sale s’explique par des choix techniques et agronomiques mal adaptés au contexte : comme un travail du sol insuffisant, des espèces cultivées non adaptées à l'enherbement de la parcelle, etc.
Une bonne conduite du système d’exploitation maximise les chances de garder des parcelles propres et permettra au désherbage mécanique de finir le travail.
Idée reçue n°2 : Le désherbage mécanique est une technique culturale compliquée
Cette idée reçue est liée à la précédente et le désherbage mécanique ne doit être vu que comme un levier secondaire, afin de compléter les principes évoqués.
Cette idée reçue est liée à la précédente et le désherbage mécanique ne doit être vu que comme un levier secondaire, afin de compléter les principes évoqués. Si les outils de désherbage mécanique interviennent sur des parcelles sales, ils ne pourront pas effectuer un travail de nettoyage suffisant et l'utilisateur aura le sentiment d'avoir échoué dans leur réglages. Le désherbage mécanique fait peur aux agriculteurs ne l’ayant jamais pratiqué, mais il n'est pas plus compliqué et risqué techniquement que le désherbage chimique.
Il est nécessaire de connaître les fondamentaux de cette pratique pour en garantir l’efficacité.
Les mesures à prendre avant l’implantation des cultures
Le premier et le meilleur des désherbages est celui qui s’effectue durant l’intercultures. Il est primordial de recourir à la technique des faux-semis.
Retarder les dates de semis au maximum à l’automne (donc après la levée des adventices de début de cycle: vulpins, ray-grass, géraniums notamment), comme au printemps (pour implanter les cultures en conditions poussantes et leur permettre un démarrage plus rapide que celui des adventices)
Implanter des semences vigoureuses et indemnes de graines d’adventices : semer des semences certifiées ou trier les semences de ferme de manière précautionneuse.
Calculer les densités de semis en fonction du taux de germination des semences et du nombre de passage d'outils prévisionnels.
Choisir des espèces et des variétés à implanter avec un bon pouvoir couvrant.
Réussir autant que possible une implantation de qualité
Les outils de désherbage mécanique font peurs aux futurs utilisateurs, car ils ne sont pas sélectifs des plantes cultivées.
La qualité du semis est primordiale (profondeur et régularité) pour permettre une implantation optimale des cultures.
Il est également conseillé de ne pas rouler les cultures post-semis pour permettre au premier passage de travailler sur un sol meuble et donc être efficace.
Les recommandations lors de l’utilisation
La première année d’utilisation des outils est la plus compliquée, puisqu’elle implique de s'initier aux réglages. Cependant, les nouveaux utilisateurs sont aujourd’hui bien mieux accompagnés que ceux des années antérieures à 2010, car ils peuvent bénéficier de l'aide de constructeurs, de techniciens ou de collègue expérimentés.
La théorie conseille de désherber en conditions réessuyées et avec une météo sèche dans les 72h qui précèdent et succèdent le passage. La pratique ne permet pas toujours ces conditions optimales et oblige à s'adapter.
Il est surtout important de ne pas, si possible, rajouter du stress à des cultures déjà stressées et donc d'éviter par exemple un passage agressif sur une céréale au stade épi 1 cm en période de forte amplitude thermique.
S’il y avait une recommandation à retenir, ce serait qu’il est vivement conseillé de passer à chaque fois que cela est possible, la herse étrille ou house rotative « à l’aveugle », c'est-à-dire 3 à 5 jours après le semis donc avant la levée des cultures.
Choisir le bon outil selon le type de sol, le stade des cultures et des adventices
Les tableaux ci- après dont là pour aider les agriculteurs dans leurs choix et notamment pour optimiser leur investissement. Il est possible de dire qu’un investissement permettant la conduite sereine d’une exploitation en Bio passe par l'acquisition d'un minimum de deux outils:
Une herse étrille ou une houe rotative
Une bineuse
Caractéristiques de chantier des outils :
Choisir son outil en fonction du type de sol :
++++ : Très Bon ; +++ : Bon ; ++ : Moyen ; + : Mauvais
Le progrès technologique rend la pratique du désherbage mécanique de plus en plus aisée, grâce notamment aux caméras sur les bineuses.
Enfin, l’achat d’une bineuse s’accompagne souvent et à bon escient d’une réflexion sur le matériel de semis, de sorte que ces deux outils fonctionnent par paire.

Semis des essais fertilisation en blé Bio Soufflet, avec un semoir agriculteur adapté aux dimensions de la bineuse pour une utilisation optimale – Aube (10)
Conclusion
Les idées reçues sur l’Agriculture Biologique sont nombreuses et il n’est pas possible d’y répondre sans avancer des arguments techniques concrets et vérifiables.
Le service Agronomie Conseils et Innovation de Soufflet Agriculture et Farmi s'attache à accompagner les producteurs qui s'interrogent, afin de les aider à faire les choix les plus adaptés à leur projet professionnel propre.
Les réponses agronomiques apportées à la question du désherbage en AB, peuvent être tout aussi utiles à des agriculteurs conventionnels.
D’autres idées reçues pourront faire l’objet d’autres articles de ce genre. A suivre…
Le service Agronomie, Conseils, Innovation - Novembre 2020