Cultiver en bio sans effluents d’élevage ? Oui, mais...

À l’heure où certains producteurs se posent la question de la rentabilité d’une exploitation bio dans un système sans lien, direct ou indirect, avec l’élevage, une étude de longue durée conduite par Arvalis apporte des éléments de réponse à valoriser auprès des agriculteurs.
Arvalis mène, depuis 2008, un essai de longue durée (1) pour qualifier et quantifier la pertinence agronomique et la rentabilité économique d’une exploitation céréalière menée en bio, dans une rotation où aucun effluent d’élevage, transformé ou non, n’est apporté comme source d’engrais. « L’idée était de mesurer la durabilité économique et agronomique d’un tel système, explique Jeanne-Marie Labrosse, technicienne agriculture bio chez Soufflet Agriculture. Force est de constater que les rendements ne sont pas affectés et que la qualité des récoltes de blé est conforme aux attentes de la meunerie, notamment en termes de protéines. Aucun problème de mycotoxines n’a été observé. » Et ce, même après 15 années de telles pratiques. Pour préserver la fertilité des sols, la mise en place de rotations longues, entre 6 et 10 ans, intégrant des légumineuses et/ou des couverts végétaux semble, en revanche, indispensable.
Préserver la teneur en phosphore du sol
Principal bémol révélé par cette étude : la baisse de la teneur en phosphore du sol. « Ce qui est, finalement, logique en l’absence d’apport extérieur pour compenser l’exportation de cet élément par les cultures, précise-t-elle. Cette perte de fertilité peut entraîner des conséquences sur le potentiel des cultures. Si les pratiques favorables aux symbioses mycorhiziennes (couverture des sols par les espèces mycorhizogènes, travail du sol réduit) participent à optimiser l’utilisation du phosphore présent dans les sols, elles ne peuvent en aucun cas en relever la teneur. »
Dans un tel système de production, beaucoup de questions relèvent de la gestion de l’enherbement. Dans l’ensemble, Arvalis note que les parcelles sont propres, à l’exception des cultures de lin et de féverole certaines années. Parmi les pratiques qui ont fait leur preuve pour réduire le salissement : l’implantation de luzerne, au fort pouvoir étouffant, le travail du sol, ou encore, l’alternance de cultures de printemps et d’hiver.
Aider à se projeter dans 5 ou 10 ans
« Les premières conclusions inhérentes à ces essais constituent de précieuses informations pour nos technico-commerciaux, concède Jeanne-Marie Labrosse. Cela les aide à consolider l’accompagnement de leurs clients-agriculteurs dans leurs propres systèmes bio et facilite les projections à cinq ou dix ans. Un élément essentiel dans un contexte où le marché du bio est tendu et où certains producteurs se posent la question d’une possible déconversion. Le système est rentable, viable et peut être durable, à condition de le piloter par l’approche globale et via la mise en place de règles agronomiques plus agroécologiques qu’opportunistes. »
Ces expérimentations, associées aux essais variétaux conduits par le service Agronomie Conseils Innovation de Soufflet Agriculture, permettent d’identifier, entre autres, la génétique la mieux adaptée à l’évolution des systèmes bio. Aujourd’hui, 14 variétés et mélanges de blé sont proposés, couvrant la diversité des critères recherchés par les agriculteurs. La gamme des protéagineux refait, quant à elle, peau neuve, avec des nouveautés en pois de printemps, féverole de printemps et soja. Du côté des couverts, 2023 signe un premier pas vers l’élargissement de la gamme d’espèces proposées en bio et ce sujet reste un point phare des travaux du service Agronomie Conseils Innovation.
(1)Essai systèmes longue durée grandes cultures bio automne de Boigneville