Méligèthes du colza : comprendre, surveiller et agir avec raison

Les méligèthes (Meligethes aeneus) figurent parmi les ravageurs les plus suivis en colza. Ce petit coléoptère noir brillant de 1,5 à 2,5 mm, attiré par le pollen, devient nuisible lorsque les plantes sont en bouton. Malgré sa présence fréquente, les experts rappellent qu’il est souvent peu nuisible dans les parcelles vigoureuses, et que la lutte raisonnée demeure essentielle.

1. Biologie et période de risque

Le méligèthe colonise les parcelles à l’approche du printemps, généralement lors des périodes douces (>10–12°C). Il perce les boutons floraux pour accéder aux étamines, ce qui peut entraîner l’avortement des fleurs. Le risque concerne principalement la phase située entre :

  • Stade D1 – boutons accolés et encore cachés

  • Stade F1 – premières fleurs ouvertes, moment où la nuisibilité devient quasi nulle, car le pollen est accessible sans perforation.

À partir de la floraison, la plante compense efficacement et les attaques deviennent généralement sans conséquence.

2. Surveillance : un pilier essentiel

La clé d'une intervention pertinente repose sur l’observation. Les recommandations techniques soulignent que :

  • Les comptages doivent être effectués sur plantes, jamais sur les seules bordures ni sur les plantes les plus hautes.

  • La méthode de référence consiste à compter les insectes sur 4 × 5 plantes ou 2 × 10 plantes consécutives au sein de la parcelle.

  • Les cuvettes jaunes sont uniquement indicatrices de présence, elles ne doivent pas servir à décider d’un traitement.

Une fréquence de surveillance tous les 2 à 3 jours est conseillée en période sensible, notamment lors de périodes douces et ensoleillées.

3. Seuils de décision : raisonner, ne pas éradiquer

L’objectif n’est pas d’éliminer le ravageur, mais de maintenir la population à un niveau acceptable, permettant au colza d'exprimer ses capacités de compensation.

➤ Dans un colza vigoureux :

  • 3 méligèthes/plante → seuil de vigilance

  • 6 à 9 méligèthes/plante → seuil d’intervention possible

➤ Dans un colza fragile, stressé ou peu développé :

  • Risque accru → intervention pouvant se justifier dès 1 à 3 insectes/plante.

➤ À partir des premières fleurs :

  • Le traitement est inutile, car la nuisibilité devient nulle.

4. Moyens de lutte ALTERNATIFS :

Renforcer la vigueur du colza

Les colzas vigoureux tolèrent bien/mieux les attaques, même relativement fortes. Un colza stressé sera plus vulnérable. D’où l’importance de soigner son implantation !

Variétés précoces en “plantes pièges”

L’introduction de 5 à 10 % d’une variété à floraison précoce « EXAVANCE » attire les méligèthes sur ces plantes, réduisant la pression sur le reste de la parcelle.

Gestion du paysage

Les parcelles bordées de haies, bois ou zones refuges montrent souvent des pressions plus élevées, renforcer la surveillance.

5. Lutte CHIMIQUE : un recours exceptionnel et raisonné

Les recommandations techniques insistent sur une grande prudence concernant les insecticides, en raison des risques de résistances aux pyréthrinoïdes et de la nécessité de préserver les auxiliaires et pollinisateurs.

➤ Quand intervenir ?

  • 5 à 7 jours après le dépassement du seuil, pour maximiser l’effet sur la population et éviter les traitements précoces inefficaces.

  • Jamais à partir de l’apparition des premières fleurs, sauf situation exceptionnelle (floraison très retardée).

➤ Quoi utiliser ?

Les méligèthes sont résistants aux pyréthrinoïdes en « ine » (cyperméthrine , Lambda-cyhalothrine, Deltaméthrine). Les deux pyrèthres qui conservent encore un potentiel d’efficacité sont le fluvalinate et l’Etofenprox. Ces deux matières actives sont representées à la gamme de Soufflet Agriculture, respectivement, par Talita Smart et Uppercut. (Voir conditions d’utilisation dans nos PAGC)