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Les idées reçues sur la conversion à l’Agriculture Biologique


Fausse idée n°1 : augmenter facilement les performances économiques de l’exploitation

Fortement réductrice, cette idée cache bien des réalités et peut être la première source de déception des producteurs faisant le choix de la conversion à l’Agriculture Biologique.

1.Disparités selon les marchés

Les produits alimentaires issus d’un mode de production biologique connaissent une demande en France sans précédent. Cependant, cette croissance masque des disparités selon les cultures produites.  Certes le blé meunier, l’orge de brasserie et les légumes secs sont des marchés porteurs. Mais dans un souci de construire une rotation agronomique et pérenne, il faut produire aussi féverole, pois protéagineux, triticale, avoine… Pour ces cultures, les marchés restent fluctuants en fonction des stocks et ne sont pas forcément rémunérateurs.
De plus, pour des raisons évidentes, il est impératif d’avoir une tête de rotation créatrice d’azote. Cela conduit de manière judicieuse les agriculteurs à implanter une légumineuse pérenne de type luzerne ou trèfle violet. Le débouché de ces productions fourragères est complexe. Il est entendu, qu’à long terme leurs avantages économiques sont nombreux, mais en l’absence de débouché et de gestion par le broyage, elles imposent de posséder de la trésorerie.
Construire son assolement en combinant agronomie et économie est donc une gymnastique peu aisée mais indispensable.
La hausse des surfaces conduites en Agriculture Biologique et donc des quantités produites entraînera sans doute des mutations des marchés demain. Avant de craindre un retournement de ceux-ci causés par une offre qui dépassera la demande, il convient de réfléchir dès aujourd’hui aux impératifs qualitatifs (exemple protéines blés) pour continuer à accéder aux marchés de valeurs.
Il n’est pas exclu de penser que les disparités selon les marchés (alimentation humaine ou animale) seront encore plus conséquentes demain qu’aujourd’hui.
Pour accompagner les agriculteurs, les organismes stockeurs s’attachent à trouver et pérenniser des débouchés rémunérateurs sur des productions secondaires. De nombreuses actions œuvrent à promouvoir l’origine France des blés et orges. Toutes les démarches naissantes qui rapprochent consommateurs et producteurs sont sources d’espoir pour l’avenir.

2.Les années de conversion

Le marché des produits en conversion (appelés C2) est un micromarché au sein du marché Bio.  Là aussi, il existe une grande disparité de valorisation selon les espèces, avec pour certaines des débouchés inexistants et donc une vente en conventionnel.
Les nombreuses conversions depuis 2017 ont entrainé une profusion de marchandises à commercialiser sur le marché de niche des C2 et une baisse inévitable de leurs tarifs d’achats.
La baisse des aides à la conversion, la baisse des rendements dès la deuxième année de conversion et la baisse de la valorisation des C2, obligent les exploitations à disposer d’une trésorerie conséquente pour passer ces années de mutation.

Le tournesol peut se cultiver durant les années de conversion, mais sa collecte sera commercialisée sur le marché conventionnel.
De plus, si par souci de trésorerie le passage au bio ne peut s’accompagner de l’achat d’une herse étrille ou d’une houe rotative pour tenter d’assurer le maintien de parcelles propres, la tâche va se compliquer énormément… Une parcelle sale est une perte économique à court et long terme.

Une conversion préparée, ainsi qu’un assolement bien construit, vont prendre en compte les éléments de marché et les impératifs d’investissements. Etape obligatoire, il en naît souvent chez les producteurs, une démarche de réflexion très positive sur le fonctionnement de leur système.


3.Le retour sur investissement

C’est l’une des différences majeures avec l’agriculture conventionnelle, espérer un retour sur investissement est pari risqué et ce d’autant plus que le potentiel de rendement est faible du fait du type de terre et le terroir.  De nombreux essais ont démontré qu’il n’est pas aisé en terres superficielles d’attendre un gain financier direct régulier d’un apport d’engrais, d’une application de biocontrôle… Au contraire, des apports d’azote en parcelles sales ont souvent un effet récessif sur le rendement de la culture qui devient trop concurrencée.  Cependant, l’absence d’entretien de la fertilité de ses parcelles est également financièrement très risquée à long terme car cela conduit à une inévitable perte de potentiel donc de rentabilité naturelle.

Il faut donc doser au plus juste les investissements pour maintenir fertilité des sols et rentabilité de l’exploitation.  Le changement d’échelle de l’Agriculture Biologique, la performance croissante des solutions techniques permettent de s’attendre à de plus en plus de rentabilité des efforts fournis.


4.Des investissements matériels pour pérenniser

Un passage à l’Agriculture Biologique abouti est à accompagner par l’achat d’outils de triage des récoltes à la ferme et de désherbage mécanique.  Il faut être capable de trier chez soi, pour pouvoir supporter des récoltes humides parfois sales et aussi associer des espèces dans les parcelles.  Vendre des productions propres et pures est la garantie pour accéder à des marchés de valeurs et rémunérateurs.

Passage de herse étrille en sortie d’hiver (89)

Les outils de désherbage mécanique sont variés et certains sont de plus en plus performants avec un tarif d’achat en conséquence. Là aussi, posséder ce type d’outil a pour objectif de garantir le maintien d’un certain niveau et d’une certaine qualité de production.  La trésorerie d’une exploitation peut se retrouver mise à mal par ce type d’investissement conséquent, mais indispensable pour assurer sa pérennité en production biologique.
Les agriculteurs qui utilisent tous les leviers agronomiques favorables au maintien de parcelles propres (rotation, dates de semis variées…) pourront investir de manière progressive dans le matériel de désherbage mécanique et ainsi gérer leur trésorerie au plus juste.


Fausse idée n°2 : recherche d’une simplification administrative

Tous les agriculteurs s’accordent aujourd’hui pour dénoncer une surcharge d’exigences administratives.  Plans prévisionnels de fumures, cahiers d’enregistrement, contraintes à l’usage des engrais et produits phytosanitaires, cultures intermédiaires pièges à nitrates … incitent certains producteurs à s’intéresser à l’Agriculture Biologique qui étant moins utilisatrices d’intrants doit dans leur inconscient connaître moins de barrières.
Cette fausse idée peut créer une véritable déception chez les agriculteurs faisant le choix de la conversion.
L’Agriculture Biologique oblige au contraire à plus de suivi administratif.
Effectivement, le contexte politique est favorable au Bio, mais ceci n’empêche qu’un producteur Bio est soumis aux mêmes règles administratives qu’un conventionnel :

  • Un engrais organique est un engrais à part entière, donc soumet l’utilisateur à la règlementation azote et phosphore notamment
  • Un biocontrôle UAB, un purin, une substance de base, … est soumis aux mêmes règles qu’un produit phytosanitaire standard donc il est nécessaire d’avoir son certiphyto, de justifier l’usage dans un cadre homologué et d’enregistrer l’intervention

Aux exigences habituelles, se rajoutent de manière non exhaustive :

  • Un contrôle annuel de l’exploitation pour le renouvellement de la certification Bio.  Une lecture parfois compliquée du cahier des charges avec des différences d’interprétations
  • Un contexte semences rendu contraignant par le jeu des dérogations.  La règlementation sur les engrais appelée à évoluer
  • Les biocontrôles, biostimulants qui peuvent être utilisés pour des usages n’ayant pas d’autorisation de mise sur le marché
  • Enfin, tout cela va se compliquer de manière supplémentaire si l’on parle de mixité au sein de l’exploitation : Bio/conventionnel 
  • Exemple 1 : Complexité pour le choix des cultures : cultures différentes la même année, sur les deux modes de production
  • Exemple 2 : Complexité pour le stockage des récoltes

Ces exigences sont indispensables pour le cahier des charges et le label Bio, car elles sont des garanties pour tous les acteurs de la filière et pour les consommateurs. Elles contribuent à pérenniser la bonne image et le professionnalisme de l’Agriculture Biologique.


Fausse idée n°3 : alléger sa charge de travail

Fausse idée de moins en moins répandue, mais qui conserve un certain nombre d’adeptes, la conversion à l’Agriculture Biologique entraîne une organisation du travail différente, mais ne réduit pas la quantité.

1.Interculture, travail du sol et semis

Un producteur qui cherche à faire au mieux son travail, va profiter de l’interculture pour débuter le désherbage (labour et/ou multi-déchaumages), implanter des couverts, mais ne peut aucunement se permettre de laisser un quelconque laisser-faire.  Le semis direct a déjà fait l’objet d’un précédent article et il est un fait que cette pratique réellement synonyme de gain de temps n’est pas facilement applicable en Agriculture Biologique.  Enfin, il est coutume de dire qu’en Bio on sème toute l’année et une parcelle parfois plusieurs fois. Un semis tardif à l’automne n’est pas le gage d’un semis dans des conditions idéales et sans difficultés météorologiques.

2.Le désherbage mécanique

La succession de passages d’outils variés à une vitesse plus ou moins rapide n’est pas moins chronophage que l’utilisation d’un pulvérisateur.  De plus, le désherbage mécanique nécessite encore plus que la chimie de passer au bon moment.  Dans de nombreuses exploitations ayant des légumes de plein champ, le désherbage mécanique correspond à des centaines d’heures d’arrachage d’adventices de manière manuelle.

3.Observations

Le temps d’observation n’est pas nécessairement supérieur en Agriculture Biologique, mais il amène souvent les producteurs à redécouvrir la passion d’observer ce qu’il se passe réellement dans leurs parcelles. Les interactions entre les travaux, la vie du sol et l’état des cultures sont nombreuses et fortement variables selon les années.  Il nait bien souvent de cela, une envie de comprendre et un temps d’observation conséquent pour s’attacher à être plus juste dans ses interventions.

4.La récolte

C’est sans doute à cette étape là que change réellement le métier d’un producteur qui passe en Agriculture Biologique, qui plus et s’il est stockeur.  Stocker de la marchandise bio n’est pas chose aisée. La moyenne des impuretés des lots Bio est dix fois supérieure aux lots conventionnels. Un lot propre contient très souvent 8 à 10% d’impuretés.  Qui dit stockage Bio dit :

  • Triage obligatoire ! Séparation des espèces mélangées dans la parcelle
  • Une vigilance accrue à l’égard des insectes
  • Observer plus et ventiler mieux

Mélange seigle / lentilles (51)

5.La vente directe

Source de revenus supérieure, se réapproprier la commercialisation de sa production, enrichissement humain, … les motivations à la vente directe sont nombreuses. C’est cependant sans contexte une activité chronophage.  Le producteur va consacrer temps et réflexion à ces différentes tâches, qu’il va accompagner de mesures agronomiques globales. Ainsi, les sols seront au cœur du système de production et participeront à l’établissement d’un cercle vertueux.


En conclusion

Il convient de rappeler aux agriculteurs qui réfléchissent à la conversion que celle-ci est un challenge professionnel très enrichissant à relever.  Agriculteur biologique est et doit être un métier passion ! La performance économique stricte, la recherche d’une simplification administrative ou d’un dégagement de temps, ne doivent pas motiver le choix de la conversion, car cela conduira inévitablement à un moment ou un autre à de la déception.  Se convertir au Bio peut amener plus de sérénité au producteur, pour peu qu’il ait pris en compte tous ces éléments.

Service Agronomie, Conseils, Innovation - Février 2020

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